Doctorante
Sujet de thèse: Le régionalisme et la protection des minorités sexuelles
Sous la direction de Xavier SOUVIGNET 
Cotutelle en cours de signature avec l’Université Félix Houphouët Boigny d'Abidjan -Côte d'Ivoire avec le professeur Mélèdje Francisco DJEDJRO

La notion de « minorité » renferme de multiples réalités. Elle n’a soit jamais fait l’objet d’une reconnaissance majoritaire de la communauté internationale, soit elle n’a pas reçu une définition suffisamment explicite susceptible d’encadrer toutes les situations qui découleraient d’un contentieux lié à cette question. La Cour permanente de justice internationale (ci-après CPJI) a, dans un avis consultatif de 1930, donné une définition primaire qui semble avoir inspiré Francesco CAPOTORTI dans sa célèbre étude de 1979.  Il définit la minorité comme « […] un groupe numériquement inférieur au reste de la population d’un Etat, en position non dominante, dont les membres – ressortissants de l’Etat – possèdent du point de vue ethnique, religieux ou linguistique des caractéristiques qui diffèrent de celles du reste de la population et manifestent même de façon implicite un sentiment de solidarité, à l’effet de préserver leur culture, leurs traditions, leur religion ou leur langue ». De cette définition, il ressort quatre conditions cumulatives qui sont réunies. Il s’agit de l’infériorité numérique par rapport à la population totale, de la position de non domination à l’intérieur de l’État, d’une volonté collective de survie et d’égalité.  D’autres spécialistes, membres de la Sous-Commission des Nations Unies sur les minorités, ont proposé d’autres définitions similaires. Par ailleurs, certains instruments juridiques relatifs aux droits de l’homme désignent la « minorité » comme « un groupe numériquement inférieur au reste de la population d’un Etat, dont les membres, qui ont la nationalité de cet Etat, possèdent des caractéristiques ethniques, religieuses ou linguistiques différentes de celles du reste de la population et sont animés de la volonté de préserver leur culture, leurs traditions, leur religion ou leur langue ».
Une utilisation actuelle et contemporaine du terme « minorités » s’étend aux victimes des discriminations fondées sur l’orientation sexuelle et l’expression de genre. Ainsi, la protection des droits et libertés des personnes appartenant à ces minorités fait partie intégrante des DH. L’orientation sexuelle est définie comme faisant référence à la capacité de chacun de ressentir une profonde attirance émotionnelle, affective et sexuelle envers des individus du sexe opposé, de même sexe ou de plus d’un sexe, et d’entretenir des relations intimes et sexuelles avec ces individus. Jusqu’en 2006, avant la prise en compte effective de la question de l’orientation sexuelle désignée sous le vocable de minorités sexuelles, cette définition ne souffrait d’aucune contestation ou insuffisance.
L’absence de contestation provenait du fait que chaque pays reconnaissait librement les LGBT ou non. En effet, la tentative de prise en compte des minorités sexuelles du point de vue des droits de l’homme soulève une polémique, en l’occurrence l’obtention d’un consensus sur la véritable qualification juridique de la protection de la liberté d’orientation sexuelle. Ni la  jurisprudence, ni les conventions internationales relatives aux DH, ne parviennent véritablement à affirmer si c’est à tort ou à raison que les LGBT sont qualifiés de minorités.  D’abord les textes internationaux ne font pas explicitement mention des minorités sexuelles, aucun texte ne les consacre clairement comme « minorité ». D’ailleurs, jusqu’à ce jour, malgré l’adoption de la Déclaration des Nations Unies sur les orientations sexuelles, qui condamne tout Etat ayant une législation qui pénalise les pratiques sexuelles minoritaires de crime de haine, leur protection s’analyse réellement sous la coupole de l’interdiction de discrimination. De plus, certains Etats refusent que la question de l’orientation sexuelle soit une question thématique des droits de l’homme. Pour les uns, l’acception de cette catégorie en tant que personnes protégées par les textes des droits de l’homme entrainerait une refonte totale de ceux-ci.  Pour d’autres, c’est une question sociale difficilement défendable dans leur climat socio-culturel.  Aussi, l’on constate que, nonobstant l’important dispositif normatif international contre la marginalisation des minorités sexuelles et la non reconnaissance de leur droit, il existe encore certains Etats dans le monde qui continuent de dénier aux homosexuels, certains droits de l’homme entre autres, le droit à la vie privée et le droit à la liberté. Ainsi, alors que la majorité des pays d’Afrique et du Proche-Orient se représente par l’accentuation, au cours de la dernière décennie, d’une homophobie violente voire meurtrière, particulièrement fondée sur les us et coutumes, la cartographie européenne des droits des minorités sexuelles présente un rapport assez mitigé.
En effet, une enquête réalisée par l’Agence des droits fondamentaux de l’UE a démontré que malgré le fait que certains pays européens offrent un cadre légal de protection des droits des minorités sexuelles, des améliorations restent à faire dans toute l’Europe. D’autant plus que certains Etats restent à ce jour récalcitrants sur la question de la sauvegarde des droits des homosexuels. L’analyse des ordres régionaux sur la question de la protection des droits des minorités sexuelles est révélatrice, en ce qu’elle nous donne de remarquer une véritable dissension dans la définition, la reconnaissance et la protection des droits des minorités sexuelles. Cette divergence de position sur la question de la reconnaissance d’un droit à la différence d’orientation sexuelle a fortement influé sur le choix du sujet proposé dans le présent projet. Ainsi, nous avons opté pour une approche comparative et critique des ordres de protection des droits de l’homme. D’où le sujet suivant : « le régionalisme et la protection des minorités sexuelles 
 
Mis à jour le 20 mars 2019